« Plus de contrôles que jamais ! »

Boudewijn De Bosscher, le nouveau président du Comité Sportif National, nous livre une interview exclusive et sans concession.

Dirk Schreel portait le costume,  la cravate, et la moustache ciselée au millimètre. Mais personne n’ignore dans le monde colombophile qu’il a quitté la scène avec une suspension de 6 ans dans sa valise suite à la fameuse et regrettable affaire de fraude lors des élections 2017 en Flandre Occidentale. Une province qui n’a pas vu le seul Dirk Schreel subir un tel châtiment puisque trois autres mandataires de la même Ente provinciale ont été condamnés pour la même affaire. Six ans pour Kurt Dekeyzer et Frank Verkinderen, trois ans pour Richard Matton.

Avant ce scandale, un vent de révolte soufflait déjà dans les couloirs de la KBDB/RFCB mais ce fut en réalité une vraie révolution qui a eu lieu. Et les nouveaux mandataires nationaux ont directement marqué le coup dès leur entrée en fonction. On les voit partout depuis le début de la saison : contrôles administratifs sur les lieux de lâchers, contrôles dans les sociétés, pas une EP flamande ou une EPR wallonne n’y échappe. Le ton est donné depuis le sommet de la pyramide où siège désormais le Brabançon Boudewijn De Bosscher. Une entrevue pour une interview s’imposait afin de savoir si De Bosscher sera le président national sportif qui osera enfin s’attaquer à tous les problèmes qui minent la colombophilie.

Pas de costume, pas de cravate, pas de moustache finement ciselée. A peine sommes-nous arrivés au siège de la RFCB que le nouveau président national sportif vient d’un pas décidé à notre rencontre. Une poignée de main ferme et en moins d’une minute, nous sommes installés dans une salle de réunion.

Boudewijn De Bosscher inverse les rôles dès le début. En effet, c’est lui qui pose une question. Sur des propos soi-disant tenus la veille dans un local d’une société hennuyère. Enfin, « hennuyère », il faut dire vite car ce sont surtout les colombophiles du Brabant Wallon qui y règnent en maîtres… Décidément, le petit cercle de la colombophilie wallonne tourne en rond, entre rumeurs et bruits en tout genre. Mais s’il veut avoir des informations plus précises et plus fiables, Boudewijn De Bosscher devra inévitablement changer ses sources. Et en choisir de plus précises, plus sérieuses et moins intéressées.

De Bosscher

Surveillance accrue

Ce moment vite passé, la question fuse. Serez-vous le président qui va oser aborder les problèmes majeures de la colombophilie avec une vraie réforme sportive pour enfin abolir les inégalités, diminuer les dérogations en dépit du bon sens et des intérêts personnels, et saura imposer un même règlement pour tous ?

«Cela fait beaucoup de choses », répond Boudewijn De Bosscher. « Je suis conscient qu’il y a beaucoup de problèmes à régler. Et je suis d’accord pour dire qu’il faut une colombophilie plus égalitaire. Quand au fait qu’il y a un seul règlement à respecter et qu’il est le même pour tous, vous pouvez compter sur moi pour que cela soit le cas. Je serai intransigeant sur ce point. Il faut que notre sport soit équitable et juste. Il faut aussi qu’il soit abordable. Et nous, en tant que mandataires, nous devons être exemplaires, justifier chaque dépense, montrer que chaque centime dépensé est justifié et dépensé à juste titre. Il ne vous aura pas échappé que nous avons déjà effectué de très nombreux contrôles sur les lieux de lâchers, dans les locaux des sociétés. Moi-même, je contrôle chaque week-end en montant dans le camion et en vérifiant les paniers, le nombre de pigeons qu’ils contiennent, tout. Et je peux vous l’annoncer : il y en aura encore beaucoup de contrôles. Tout le temps, partout. Nos pigeons, c’est comme nos enfants. Il faut en prendre soin. Hors de question de transiger sur leur bien-être. Le règlement est le même pour tous. Pas de passe-droit. Aucune province ou EPR n’échappera à ces contrôles. Et nous serons aussi présents sur les lieux de lâchers en France. On effectuera même un contrôle mensuel dans certains locaux de sociétés organisatrices de concours pour voir si nos remarques sont bien suivies. Par contre, je ne peux pas vous dire la liste complète de tous nos objectifs et dans quel timing nous comptons les atteindre. Je me permets de tenir cela pour moi pour l’instant. »

Un contrôle rigoureux chez les transporteurs, les convoyeurs, les organisateurs et au sein même des sociétés, voilà le leitmotiv du début de mandat du nouveau président sportif. « A la fin de la saison, nous demanderons à chaque EP, chaque EPR d’effectuer un contrôle total de toutes leurs sociétés lorsque chacune aura effectué sa dernière réunion de l’année et entériné ses comptes et sa gestion administrative. Les colombophiles eux-mêmes ont le droit de jouer un rôle de surveillance, de se tenir bien informé sur leur société. En tant que membre d’une société, ils ont le droit de savoir l’état des comptes détaillés s’ils sont en ordre d’affiliation. Dans la société dans laquelle je joue, c’est comme ça que ça se passe. Cela me paraît normal. »

La colombophilie compte parmi ses particularités le fait que chaque EPR a également son propre règlement. Une situation parfois source de conflit entre un colombophile et sa société ou son EPR. « Je sais », semble regretter Boudewijn De Bosscher. « Les statuts disent que le le Comité Sportif National n’a pas le droit d’intervenir dans une décision propre à l’EPR. L’unique recours pour une société ou un amateur s’il y a un désaccord, c’est de passer par le Ministère, pas par le Comité Sportif National ou les chambres de la fédération. Je le regrette mais c’est comme cela tant que les statuts resteront inchangés. On peut toujours revoir certains points des statuts mais il faut que ce soit pour régler un problème qui serait quasiment général, pas pour un ou deux problèmes particuliers ici ou là. »

Des corridors et des zones

La priorité n’est pas là pour le nouveau président. Hormis le nombre de contrôles, la voici sa grande idée sur le plan sportif : « Je souhaiterais soumettre au vote des mandataires une réforme importante en divisant la Belgique en corridors. Des couloirs qui iraient du sud au nord du pays et qui seraient divisés en trois secteurs pour la profondeur. On pourrait alors effectuer des classements par secteur et un classement pour tout le corridor.  S’il s’avère qu’un colombier se trouve pile sur la ligne séparant deux zones, il devra choisir le corridor. Pareil s’il est pile sur une séparation de secteur. Mais ce choix s’avérera définitif. Pas question de choisir chaque week-end en fonction du vent ou d’autre chose. Je sais que je ne suis pas le seul à partager cette vision du système de jeu et de classement mais c’est la majorité qui décidera lorsqu’un vote sera soumis. Quand ? Je ne le sais pas. Il y a pour l’instant un comité, composé de Flamands, de Wallons, de professeurs, qui a pour mission d’amasser les données, les statistiques, d’étudier les cartes afin que l’on puisse présenter un dossier complet et précis. Au mieux, ce sera pour l’année prochaine, au pire pour 2020. »

 

Si une refonte totale du calendrier actuel n’est pas à l’ordre du jour, il faut s’attendre à quelques changements mais aucune précision à ce sujet. « Je vois deux sujets plus importants à aborder. La question des distances d’abord. Certains concours sont de la grande vitesse pour les uns et du petit demi-fond pour les autres. Il faudra que le CSN réfléchisse aussi à cette question. L’autre sujet concerne le championnat national de grand demi-fond, de fond et de grand fond. Nous sommes d’accord pour dire qu’il y a trois de lignes de vol. Trois concours par ligne de vol et l’obligation pour figurer dans le classement de national de faire prix dans chaque ligne de vol. Cela, ce serait un vrai champion national ! »

Frontières à respecter

Les premières réformes souhaitées par Boudewijn De Bosscher sont donc de taille. Il y met de l’ardeur (« 500 heures en deux mois » insiste-t-il) mais ça ne s’arrête pas là. « J’aime la rigueur, avoir une ligne de conduite et s’y tenir. Un règlement national, il doit porter son nom et être le même partout pour tout le monde sur le territoire belge. Au Nord, nous ne voulons plus voir les amateurs hollandais venir jouer en Belgique et au sud, pas de Français ou de Luxembourgeois. Sans cela, ce n’est plus un concours national. Je tiens aussi à préciser que les amateurs belges ne peuvent pas aller enloger en dehors de nos propres frontières. Allez jouer ses pigeons en France sur des concours français, c’est interdit. Je suis déjà en contact régulier avec la fédération hollandaise parce que nous voulons une bonne entente et il est important que l’on sache exactement où et quand il compte lâcher les pigeons de leurs concours quand cela se fait de Belgique et nous les avons également prévenus qu’il n’était plus question qu’un transporteur belge embarque également des paniers de pigeons hollandais dans un camion prévu pour un concours provincial ou autre en Belgique. Je sais que certains transporteurs ont pris l’habitude de cette pratique mais c’est terminé. Ils ont été prévenus. »

Quant à la lutte contre la chute continuelle du nombre de colombophiles, elle fait aussi partie du grand défi des nouveaux mandataires. « Il est évident qu’on doit attirer de nouveaux amateurs. Je n’ai pas encore la solution miracle à vous proposer mais je profite de l’occasion pour dire ceci aux amateurs débutants qui liront cet article : si vous êtes un jeune amateur, âgé de 12 à 25 ans, et que vous n’avez pas une installation digne de ce nom, nous en offrons aux premiers qui prendront contact avec la fédération. Mais il vous faudra venir à Nevele, tout nettoyer, démonter et emporter. Chaque colombier est complet avec spoutnik, planche électronique et fait 12 mètre ! Un vrai cadeau. On avait proposé 10.000 euros à mon prédécesseur pour le matériel fédéral déployé à Nevele mais il a refusé. Or, nous avons trois mois pour tout dégager. On n’aura plus une offre pareille, alors je préfère que nous aidions des jeunes. »

Et l’épine sud-africaine plantée dans le pied des anciens mandataires par leurs plus ardents détracteurs, qu’en est-il ? « Pour Whirlpool et le labo en Afrique du sud, le contrat court jusqu’en 2019. Après ? On verra. Une chose à la fois. »

                                                                                                                                    Hupez