Les grandes manœuvres

            Nous sommes à l'aube d'une nouvelle saison. L'effervescence n'est pas encore à son comble, mais tout se met en place pour mettre les chances de son côté. Si tous les espoirs sont permis, chacun sait que le moindre grain de sable dans l'engrenage peut plomber une saison.

Le moment est venu de remettre tout en route. C'est aussi le moment de tous les dangers.

Si ce n'est déjà fait, les prochains jours vont être consacrés aux premières sorties. C'est sans doute la période de l'année où les pigeons sont les plus vulnérables. Après de longs mois d'inactivité, les muscles sont quelque peu ankylosés. De plus, l'euphorie du moment les précipite dans toutes les directions, sans discernement. Du coup, d'une part, ils sont une proie facile pour les rapaces, et d'autre part, ils risquent l'accident par un vol brutal dans les fils électriques ou autre obstacle. Ainsi, la méfiance et l'attention ne sont pas vraiment au programme de ces pigeons qui jouissent enfin de la liberté du vol à l'extérieur. Le plus sage serait de libérer les pigeons par petits groupes lors des 2 ou 3 premières sorties qui se voudront relativement brèves. Nous aurons encore tout le temps nécessaire pour allonger la durée. Quoi qu'il en soit, nous opterons pour des sorties dont la durée progresse de semaine en semaine pour atteindre l'heure. Vouloir brûler les étapes, c'est, à coup sûr, mettre les pigeons dans une mauvaise situation. Nous n'imaginerions jamais, à la sortie d'une période de repos prolongée, de remettre nos baskets et courir un 10 km. Nos pigeons sont dans la même situation. Donnons-leur le temps de se remettre en condition.

            La forme ne saurait se profiler sans une excellente santé. Le moment est particulièrement bien choisi pour évaluer leur état de santé. Le plus utile reste toujours la visite chez un vétérinaire. Certes, il est permis par l'aspect des fientes, la qualité du plumage, l'état de la gorge, des yeux et des narines d'évaluer leur état de santé. Mais, comme la publicité lue chez un vétérinaire qui disait, à la vue de 3 chats, ''Vous ne voyez pas lequel est malade? Votre vétérinaire, bien''. A chacun son métier. Si nous avons l'avantage de suivre l'évolution de nos pigeons qui se fait de manière visuelle, le vétérinaire, par son bagage technique, ses appareils, peut détecter des anomalies avant même qu'elles ne deviennent apparentes, voire critiques.

            Ce n'est qu'au moment où tout est mis en place que pourront débuter les premiers entraînements, soit des volées régulières, et une santé irréprochable. Le danger des premiers entraînements réside dans le fait que nous sortons à peine de l'hiver avec des températures relativement basses, un temps incertain, mais aussi avec des pigeons qui doivent tout réapprendre, principalement des yearlings sans grande expérience. Associer vieux et yearlings dans le même lâcher ne peut être que bénéfique pour ces derniers qui se verront tirés par leurs aînés. De plus, ils seront en pleine confiance, une fois le retour assuré. Aujourd'hui, de plus en plus de programmes sont communs aux 2 catégories. Aussi, la préparation peut être très largement opérée en parallèle.

            La question est toujours de savoir si les futurs veufs doivent élever où non avant la saison des concours. Avec l'élevage hivernal de plus en plus répandu, il devient de moins en moins logique de pratiquer l'élevage en support avec la préparation de la saison. Il est, en effet, inutile de contraindre le pigeon à dépenser ses forces dans un élevage qui ne lui sera guère bénéfique. Si ce devait être le cas pour de multiples raisons, comme le fait que l'équipe de reproducteurs est inexistante ou trop réduite pour assurer la relève, mieux vaut retirer le ou les jeunes dès l'âge de 15 jours de manière à éviter une nouvelle chasse à nid. Nous pourrons également profiter de la volée des mâles pour nourrir les femelles qui entameront déjà le gavage avant le retour de leur moitié. L'élevage ou non peut également être guidé par le principe de la préparation. Débuter la saison sur un jeune apporte du tonus aux voyageurs qui entament les premiers concours avec un certain avantage.

            La remise en route des troupes peut être étalée dans le temps. Ainsi, les joueurs de fond et de grand fond préféreront attendre des jours meilleurs pour mettre leurs favoris sur la route des entraînements. Il est en effet inutile de brûler les forces dans des lâchers à répétition avec des pigeons aguerris et qui sont destinés à participer à 2 ou 3 marathons sur la saison. Chacun aura en point de mire les échéances futures pour mettre en place son programme de préparation. Les contraints sont multiples, telles que le choix de la nourriture, la durée des volées, la santé qui doit toujours être omniprésente, les entraînements réalisés dans de bonnes conditions, la remise en ménage avec l'objectif d'un élevage, d'un simple couvage de quelques jours ou une chasse à nid réduite, … Le programme des concours, maintes fois préparé, ne trouvera son juste accomplissement qu'en fonction de l'état de forme et de santé, des conditions climatiques. Les châteaux de cartes que nous avons pu construire durant l'hiver peuvent s'effondrer rapidement. A nous de rectifier le tir pour que la saison soit une réussite et que nos meilleurs éléments soient toujours présents au retour du dernier concours de l'année.

M Philippe