La question du mois: Pourquoi ne réussit-on pas?

            A cette question, bien des réponses sont possibles. Nous le voyons chaque année, que ce soit en cours de saison ou dans les championnats, les mêmes noms reviennent fréquemment. Ce sont des colonies qui sont parvenues à stabiliser leurs troupes, à trouver une méthode adaptée, à constituer une équipe homogène et des origines cadrées sur les distances choisies. C'est là la clé de la réussite. Le hasard et la chance interviennent certainement pour une part dans le succès, mais ils ne faut pas miser que sur eux.

Un des gros points d'achoppement est l'élevage. Pour beaucoup, la période est propice à cet exercice qui conditionne l'avenir de la colonie. Pourtant, il ne faut pas se lancer tête baissée dans un élevage hivernal. Il convient de se poser les bonnes questions telles que: Ai-je vraiment besoin de ces jeunes? Ai-je la place pour introduire une seconde tournée de printemps? Dois-je élever hors de tous les pigeons?

De trop nombreux amateurs confondent encore quantité et qualité. Un bon élevage n'est pas seulement le fait de le réussir; faut-il encore sortir des jeunes de qualité, des jeunes qui auront au moins la même valeur que leurs parents. Dans de très nombreux cas, l'élevage est loin d'atteindre cet objectif minimum. La faute en est souvent à l'amateur qui privilégie un élevage de masse, sans discernement quant à la qualité des parents, qu'ils soient des reproducteurs ou des voyageurs. Nous devons être sans merci pour les reproducteurs qui ne sortent pas un minimum de bons pigeons. Tout comme pour les voyageurs, nous devons fixer une barre minimale sous laquelle nous ne pouvons tolérer aucune exception. Plus cette barre sera haute, aussi bien pour les reproducteurs que pour les voyageurs, plus le succès sera à notre portée, car nous éliminerons d'office les bouches inutiles, ces pigeons qui ne parviennent pas à reproduire des jeunes de qualité, qui sortent du lot. Cette façon de faire permettra d'élever la qualité de la colonie, mais aussi de limiter le nombre de pigeons, ne conservant que la crème.

L'élevage intensif est pour le moins pernicieux. D'une part, il ne permet pas de travailler en toute objectivité. C'est, en fait, une faiblesse de l'amateur qui se dit «on ne sait jamais». On ne sait jamais qu'un crack ne sorte de tel ou tel couple. C'est un peu comme jouer au Lotto. Les chances de réussite sont d'autant plus minces que nous n'avons pas assez de recul pour évaluer la qualité des parents. Elever hors des voyageurs, c'est avant tout élever hors de pigeons qui font la différence au concours, hors de pigeons qui entre totalement dans le physique des meilleurs pigeons de la colonie. Sans cela, c'est entrer dans un système qui conduit à une dégradation des qualités. L'équipe des reproducteurs doit avoir cet esprit de conformité. Les plus grands champions, tels que Thibaut-Boons, orientent leurs introductions vers des lignées connues, qui font déjà partie intégrante de leur colonie. Ils recherchent l'uniformité des valeurs, qu'elles soient physiques ou de tempérament. Ils veulent des pigeons qui savent se battre quelles que soient les circonstances.

Réussir, c'est produire un élevage de qualité. C'est aussi tracer une ligne de conduite qui nous est propre.

Les colombiers ne sont pas extensibles à l'infini. Et quand bien même, nous devons rester maître de la situation. Nos activités professionnelles ou autres, mais aussi la famille, conditionnent en grande partie notre approche de la colombophilie. A courir après deux lièvres en même temps, nous avons toutes les chances de rentrer bredouille. Nous devons choisir un cap et s'y tenir, avec un bilan en fin de saison qui permettra d'ajuster notre approche. Trop d'amateurs, principalement chez les jeunes, veulent brasser au plus large en élevant des masses de jeunes, en achetant tout azimut, en jouant chaque semaine quelles que soient les conditions climatiques, l'étant de santé des pigeons, l'état de forme et de récupération, le seul objectif étant de faire un maximum de prix. Cette euphorie toute relative n'a qu'un temps. Très vite, les choses dégénèrent et, si pour les uns, la persistance est de mise, pour beaucoup d'autres, l'abandon et au quotidien.

Chaque cas est unique, chaque critère de sélection doit conduire à un perfectionnement des résultats. En fin de saison, l'amateur doit faire sa propre évaluation. En cas de résultats mitigés, il doit se monter critique en approchant tous les aspects tels que la santé de ses pigeons, la qualité de l'élevage, la disponibilité, le colombier, …

La qualité de l'élevage est la principale condition pour une réussite à plus ou moins long terme. La santé ne doit souffrir d'aucune anomalie. Le moindre faux pas peut se payer cash, par une récupération plus lente ou tout simplement la perte du pigeon.

Tous ces paramètres conduisent à réfléchir quant à la qualité des pigeons que nous possédons, de leur santé, du colombier qui conditionne souvent la santé et la forme, la surpopulation, le manque de temps, la méthode de jeu, l'alimentation. La liste des ingrédients de la réussite est longue. Chacun a sa spécificité; à nous de les gérer au mieux.

M Philippe