La différence entre un colombier et un pigeonnier !

Beaucoup croient la connaître cette différence, pourtant pour ma part j’étais dans l’erreur absolue.

Le contenu est bien identique, il abrite des pigeons. Ce qui les différencie c’est simplement que le pigeonnier est, dans ou accolé à un autre bâtiment alors que le colombier est un bâtiment isolé non attenant à un château, une abbaye, une demeure. C’est aussi simple que cela, rien à voir avec des pigeons porteurs de messages ou des pigeons de chair.

En Wallonie,  mais, je suppose, en Flandre aussi, les deux sortes de pigeons cohabitaient sous le même toit. Je ne sais pas comment le chef du colombier les distinguait réellement puisque, rappelons-le,  le pigeon voyageur que nous connaissons à présent n’existait pas aux temps féodaux, il s’agissait  de pigeons domestiques nommés les pigeons-fuyards comme je vous l’ai narré la semaine dernière  avec cette magnifique définition d’alors : «  le pigeon fuyard est un oiseau à demi-domestique, un esclave libre qui, pouvant vous quitter, est retenu par les avantages que nous leur offrons. » Je me demande par ailleurs quel avantage offrait le système féodal à des pigeons, sinon la certitude d’être un jour… mangés.

On sait, par les nombreuses factures des Rois de France retrouvées dans les annales, que les cours royales faisaient une consommation abusive et quotidienne de plus de 120 pigeons de chair par jour ! Un mets fort prisé à toutes les époques y compris la nôtre (pour ma part,  je ne décerne mon étoile personnelle qu’aux chefs capables de concocter un excellent pigeonneau et c’est  extrêmement rare, je vous conseille, si vous êtes amateur, le meilleur à mon sens Le Pilori à Écaussinnes  !!!!).

Les œufs de pigeons étaient aussi des mets de roi et recueillis dans les nids appelés boulins.

Si vos pas de colombophiles vous portent dans ma région, vous aurez,  in situ, deux belles illustrations des différences entre un colombier et un pigeonnier, deux exemples remarquables :

Le Colombier de l’abbaye de Floreffe à ne manquer en aucune manière, une pure merveille classée au Patrimoine exceptionnel de Wallonie restauré à grands frais par la commune, plus soucieuse de distribuer ses Louis d’or à des rénovateurs  intelligents qu’à des  bourgmestres  reconvertis en assistants sociaux de samu ! ( rire )

Le colombier de l’abbaye de Floreffe est tout bonnement… royal.

De fait,  le colombier fut sans doute construit sous l’abbatiat de Charles de Séveri soit vers 1641 (il en existe de plus anciens, mais loin d’être aussi bien conservés !). On le  date sous cet abbé parce que son blason figure entre deux tours, mais aussi parce que le Grand Atlas des cartes Ferrari (rien à voir avec l’écurie, rire) de l’année 1777 nous montre très distinctement le colombier trônant au milieu de l’étang de l’abbaye de Floreffe.

Mais, me dirait un observateur attentif, c’est alors comme l’île de Philae en Égypte, on a sauvé le colombier des eaux ?

Oui, de fait, dans les dessins d’époque le colombier émerge de l’étang qui est aussi un réservoir à eau qui alimente le moulin de la  brasserie d’alors ! (Ah ! La bière,  le vin des moines wallons ! rire).

J’avoue que je suis très admirative du Bourgmestre André Bodson (dont je ne connais pas la couleur politique) qui a tenu à faire des travaux pharaoniques pour que ce colombier devienne la porte d’entrée de l’abbaye et du village ! Quelle belle ode à nos pigeons, même s’ils n’étaient pas encore «  voyageurs »  alors ! Quoique de fait, nous n’en savons que dalle, je le redis, ma bonne vieille rengaine, aucun historien ne s’est jamais penché sur la colombophilie, quel dommage ! Sans doute, les abbayes eussent pu véhiculer des messages ailés sur la nouvelle encyclique du Pape (les Innocents surtout qui furent légions, la palme du nom ridicule revenant certes à Pie sept ! rire), sur les nombreuses victimes du catholicisme militant et militaire de l’époque !

Je ne sais même pas si ce bourgmestre est colombophile, mais chapeau quand même ! Parce qu’on n’a pas lésiné sur les moyens pour restaurer ce pigeonnier. Il a d’abord fallu racheter le bâtiment (à la fabrique d’églises, je suppose). Des travaux énormes ont été commandés à l’architecte Thierry Lanotte et je décerne le brevet du meilleur bourgmestre-bâtisseur  à Bodson ( que je ne connais nullement ) pour avoir fait réaliser ces travaux de stabilité par…. le meilleur des meilleurs, le bureau liégeois Greisch, qui a réalisé le plus bel œuvre à mon sens de notre époque, le viaduc de Millau !

C’est qu’il a fallu mettre le pigeonnier sur  pilotis, soit forer 16 micropieux jusqu’à 12 m de profondeur avec armature en béton, il fallait éviter que le bâtiment ne s’affaisse. Mais,  avant de remettre le colombier  au milieu de l’eau, il fallut désenvaser l’étang. Les écuries d’Augias ? Un travail titanesque vu les 3.000m³ de vase à extraire. Enfin, après d’autres travaux d’aménagement, la commune envisage de créer des jardins médiévaux dans l’espace vert qui jouxte le colombier. Et pourquoi pas d’y remettre des pigeons ????? Un team de pigeons estampillé, abbaye de Floreffe ? (rire). Ce colombier le vaut bien, et le houblon n’est pas encore considéré comme un dopant (rire).

Le second exemple de pigeonnier, celui-là,  à quelques kilomètres, celui de  la ferme de l’abbaye d’Aulne.

Celui-ci est bien un pigeonnier puisqu’il est dans la ferme,  voici encore un ambitieux projet  de rénovation. Sous l’égide de Monsieur et Madame Fally, cette ferme remarquable en carré d’une parfaite symétrie avec son péristyle et ses colonnades en pierres bleues va devenir un produit touristique de qualité avec une grande salle de spectacle et … des artisans de bouche qui, peut-être, concocteront… du pigeonneau ! (rire)

Ce pigeonnier-là est tout à fait étonnant aussi, il est complètement «  pavé », du jamais vu. Je ne sais pas si les nouveaux pharaons du lieu ont prévu d’y abriter des voiliers du ciel ou des pigeons de parade ce qui pourrait être une fort belle réaffectation des lieux !

Notez qu’à l’instar du Grand- Condé (qui, comme Albert Stoclet dit El grand,  ne mesurait qu’un mètre septante-cinq ! rire) qui avait fait de ses écuries de Chantilly un palais parce qu’il était certain que, dans une autre vie,  il se réincarnerait en…. cheval (rire la métempsychose, encore une maladie des «  grands » !). Peut-être que  les moines de l’abbaye d’Aulne  avaient particulièrement soigné leurs  pigeonniers, certains, eux aussi, que dans une autre vie,  ils deviendraient  pigeons  (symbole du Saint Esprit !!), ce qui les mènerait directement près du Père ! (rire)

Marie Claire Cardinal.

La différence entre un colombier et un pigeonnier 1La différence entre un colombier et un pigeonnier 2

Les quatre murs de l’intérieur  de la tour du colombier  étaient intelligemment aménagés, chaque pigeon avait son boulin, construit de bas en haut, en quinconce pour ne pas gêner celui du bas !

La différence entre un colombier et un pigeonnier 3

Pigeonnier de la ferme de l’abbaye d’Aulne cherche réaffectation ! (rire )