Dermonne Alain, Le vainqueur du MONTELIMAR,

100% BIO mais pas VEGAN !
De Marseille à Montélimar avec  les gènes de Didi, l’immortelle !

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Ah Marseille, Montélimar ces  villes qui sentent les Bouches-du-Rhône et la Drôme provençale, deux concours qui me font rêver, mais je ne suis pas un pigeon (hélas). Parce que, pour nos voiliers du ciel ces deux épreuves cumulent toutes les difficultés, les colombophiles savent pourquoi !

Eh bien, cette année, quelle ne fut pas ma joie de suivre la première place d’Alain Dermonne de Froidchapelle sur cette difficile étape. L’année dernière, dois-je le rappeler ?  Alain Dermonne  avait  réussi à se positionner grand vainqueur National et International du Marseille 2016, un beau doublé qu’avait réalisé avant lui Ronald Lodewijckx en 2014.

Je n’y croyais pas quand, dans les annonces,  je vis dès le début son nom apparaître sur mon écran. C’est que Froidchapelle  (près de Beaumont dans la botte du Hainaut) ne bénéficie pas d’une situation favorable dans les concours. Il  est le seul amateur dans son périmètre alors que Couvin bénéficie d’une masse drainante  plus importante. C’est sans doute la raison pour laquelle, Couvin  est peuplée de valeureux Hainuyers (1) irréductibles comme les Cocu, Vantorre, Dupuis, Alexandre, Laboureix, Lagneaux, Michaux…. et même Regnier Michel de Couvin qui enlogèrent  pour le Montélimar, mais surtout, surtout  Alain Dermonne. Il est donc devenu, depuis sa double victoire nationale et internationale de 2016 au Marseille, un immortel de la colombophilie.  Comme Simone Veil, il entre au panthéon de notre sport ! Mais, non content de cette extraordinaire performance, il réitère cette année avec une victoire au Montélimar, catégorie vieux. Victoire oh ! Combien méritée puisque, je le répète, sa région est loin d’être bien sise pour cet exploit.

Je dois me rabattre sur les classifications du Fond Club Wallonie, premièrement parce que j’ai un classificateur sous la main (rire)  mais surtout parce que, si je dois attendre les classifications de Wybrol (rire), je ne suis pas prête d’encore écrire un article ! Je ne mets pas d’huile sur le feu, mais  à ce jour, comme Sœur Anne je ne vois rien venir !

Bref, on retrouve notre Froidchapellois dans tous les concours 2017  Brive (577),  Châteauroux Yearlings et vieux (31,38, 52,62), Limoges (33,105,111), Chalon (169, 111) …

In situ

On ne peut pas comprendre les performances d’Alain Dermonne sans aller dans ses colombiers ! Vous serez d’abord séduit par l’environnement 100% bio du lieu. Ici point de dangereuses lignes à haute tension, point  de pics saillants, point d’avions, point d’aéroports, point d’éoliennes meurtrières (ne riez pas, les écolos sont les principaux fossoyeurs de la colombophilie parfois !), point de nuages de pollution, point de hauts fourneaux…… Non,  des champs de maïs à perte de vue. Déjà que Dermonne possède 2 hectares de terrain, rien que pour cultiver son maïs d’une variété rare et  ancienne qu’il donne à ses voiliers du ciel qui ne prétendent plus manger du maïs transgénique ou pas.

Le maître de céans me reçoit en égrenant son maïs, une variété originelle  probablement d’origine maya ! Du maïs multicolore, on en mangerait, cela ferait un  régal de popcorn pour enfants, pensez du popcorn de toutes les couleurs ! Ah,  mais qui parle d’enfants ? Ce maïs-là est réservé aux pigeons et égrené à la main pas Alain Dermonne, en attendant ses coulons ! (rire)

C’est que cette colonie-là est soignée aux petits oignons, c’est le cas de l’écrire, les oignons rouges réduits en poudre font partie intégrante de l’alimentation 100% bio de ces voiliers du ciel, j’y reviendrai.

Madame Patricia Dermonne nous a rejoints, elle est omniprésente.  Un couple qui se connait depuis qu’ils ont 13 et 15 ans, plus fidèles que nos pigeons encore ! C’est à elle que revient le soin des préparations culinaires à base de pigeonneaux (Alain fait une tournée de pigeonneaux non vaccinés pour la table !), et même si cela fait frémir quelques colombophiles qui ne touchent ni des lèvres ni des dents à une viande de pigeons, ici on est BIO mais pas VEGAN, et les pigeonneaux sont un mets de roi, je l’ai déjà écrit. Ne sous-estimez pas ces nobles tâches ménagères auxquelles, les femmes de colombophiles sont astreintes ou aimablement consentantes (rire). C’est grâce à Patricia  et à son sens de l’observation qu’Alain a rééquilibré l’alimentation de ses athlètes.

Son maïs maison est tellement riche en qualité nutritive (et partant en maïzena)  que madame Dermonne, quand elle préparait ses pigeonneaux et qu’elle les ouvrait avait constaté qu’ils étaient «  enrobés » de graisse sur le cœur, sur les muscles et qu’elle conseilla fort judicieusement à Alain de restreindre la quantité de maïs dans l’alimentation, ce  qu’il fit derechef. Il réduisit l’apport de maïs à 15 % (au lieu de plus de 30%). Et ses voiliers du ciel volèrent …. encore mieux et plus vite  au grand dam de ses nombreux concurrents. Vous me rétorquerez qu’il est impossible pour un colombophile de préparer un régime nutritif de cette sorte, il faut de la terre, cultiver, égrener, sécher, conserver….

C’est vrai et cela doit en décourager plus d’un, mais comme le dit Alain Dermonne : «  j’élève encore mes pigeons comme il y a cinquante ans ! ».

Parce que le maïs, ce n’est que 15% de l’alimentation, le reste est encore plus incroyable.

Le potager, c’est aussi le garde-manger des voiliers du ciel de  Dermonne. Tout fait farine au moulin, c’est le cas de l’écrire. Et voilà que je te broie  100 kilos d’épinards, de carottes, de salsifis, de poireaux, fenouils, rutabagas, d’oignons rouges (cardinaux !), d’ail, thym, sarriette, persil, origan,  salades, bettes, oseille (non l’oseille on la conserve !! rire), …

Tout cela donne  5 kilos d’une poudre pleine d’oligo-éléments dont Dermonne saupoudre son maïs maison, variété rare ! Ben mon colon,  si avec cela ses pigeons ne sont pas les meilleurs ! Mais ce n’est pas tout ! Dermonne ne perd presque pas de jeunes, il en a élevé 120 cette année. Il attribue ses succès à cette alimentation exceptionnelle qu’il a inventée et qu’il dose avec soin.

Le vétérinaire, les soins ? Juste les obligatoires, pour Dermonne, les vétérinaires du coin ne connaissent que le gros bétail, il faut aller loin, trop loin  pour trouver un spécialiste es pigeons, non, son alimentation c’est aussi sa meilleure pharmacie. Il se refuse à donner tout médicament «  humain », les pigeons ce ne sont  pas des hommes, il soigne avec du naturel, des plantes, parfois les gouttes jaunes d’Herbots.

Quelques petites recettes perso ??????

Il rit !

-«  Ben je ne vais pas révéler mes secrets maison hein ! Je vais vous dire, ma femme a raison, avant je nourrissais trop. Je suis parfois content quand ils reviennent des concours, ils ont maigri et c’est bien ! Je crois que, de toute façon, ils ne mangeraient pas ce que les convoyeurs donnent, le maïs, ils n’aiment que le mien. Cela m’est arrivé, en pénurie, de donner de l’autre maïs, de le mélanger, et bien ils trient et ne mangent que le mien !!! La même chose avec le grit, ils n’aiment que le mien, une composition maison, argile, plantes……Une plante fétiche ? Le LAITRON, une sorte de pissenlit contre la Trico c’est l’idéal, les pigeons s’en gavent spontanément, toujours quand la plante a fleuri, ils mangent TOUT, racine, sève, fleurs, tiges …. »

Il donne une nourriture légère, 20% riz, 15% maïs, 20% orge, des petits grains, des mélanges d’herbes et légumes, levure de bière ……… le reste est top secret.

Contre l’adénovirose ? Du yaourt (qu’il avoue ne plus faire maison, il n’a plus de vache ! rire), de la levure de bière  et des fines herbes !

Les poquettes ? Il dit en avoir connu  très peu, deux pigeons et encore après un enlogement difficile, il met du bleu de méthylène (bien connu des baptêmes étudiants, rire) 

Et l’eau ! Impératif l’eau, la vie et parfois la mort si on la laisse stagner, le véhicule de bien des maladies aussi. Les abreuvoirs sont remplis à plusieurs reprises dans la journée. Après une demi-heure, surtout par fortes chaleurs, ils sont vidés et nettoyés. L’eau doit toujours être propre : pas de stagnation. Il couvre les mares d’eau du terrain avec du treillis pour que les pigeons ne puissent y accéder !

Le secret de la potion magique de Dermonne ?

-        L’alimentation ! bio, pure bio, maison, sans additifs inconnus, sans médicaments, je contrôle TOUT, je vais voir sur internet si je peux donner certaines plantes, je vérifie tous les paramètres.

Mes pigeonniers sont  aussi faits maison, je suis maçon d’origine, j’ai tout fait moi-même, je fabrique mes pigeonniers en fonctions de mes besoins et de ceux de mes pigeons, je préfère les matières nobles comme les bois de noisetiers pour les barreaux  des compartiments par exemple. J’ai aussi fabriqué ma très grande volière pour les reproducteurs de mes mains et je laisse des plantes comme le laitron s’y développer naturellement.

Une sous- population, j’ai peu de pigeons pour l’espace, ils ont de la place, je tiens compte de ce qu’ils aiment, mon Marseille par exemple, il ne voulait pas un casier normal, je lui ai fabriqué un casier que je mets par terre, il ne voulait que celui-là, même chose avec le Montélimar, et puis je trie beaucoup  (ndlr cela me fend le cœur à moi ! rire)

L’origine de la colonie ? Tous ont des gènes de Didi, la fameuse Kleine Didi de feu Etienne Devos. Cette femelle-là se retrouve dans la lignée de beaucoup des pigeons Dermonne, le fameux « l’exceptionnel » qui n’a pas bradé son nom. Sans oublier des origines Remy Vantorre et depuis cette année Ronald Lodewijckx (il prononce « Lodevik ! » rire) : nous avons un contrat, nous échangeons des jeunes, deux vainqueurs du Marseille valent mieux qu’un ! (rire), et puis à la journée des champions du CFW, vous m’avez mis à la table de Yvon Deneufbourg, et j’en ai introduit dans ma colonie aussi, ils donnent déjà pas mal ! J’ai apprécié d’avoir rencontré ce maître incontesté de la colombophilie.

Le pédigrée du Montélimar de cette année ? Un peu difficile, j’ai perdu la disquette que m’avait donnée le propriétaire qui est mort d’un cancer depuis.

La mère une descendante DIDI et un père 100% Vantorre

Le grand-père est « l’exceptionnel » (Kleine DIDI d’Etienne Devos), la grand-mère une Heinz Seegmüller dochter Cipolini acheté à la vente LCB.

 Qu’est devenu le Marseille 2016 ?

Il rit ;

«  Il est toujours ici ! Je ne l’ai pas vendu. Je vais aller le chercher». C’est à moi de rire :

«  Vous ne me faites pas confiance ? »

«  Vous comprenez, les pigeons c’est mon rêve, ils me font rêver, voyager.  Et le rêve cela ne s’achète pas. Si l’argent vous titille les doigts, il ne faut pas faire ce type de colombophilie. »

Vos préférences de jeux ?

« Cela va vous étonner mais mes pigeons peuvent tout aborder comme difficultés, je dirais même que la difficulté annule les handicaps de ma situation géographique. Mes pigeons se distinguent davantage  dans des concours difficiles remportés à des vitesses inférieures ou égales à 1.100 m/m. »

Vos  pigeons peuvent se confronter à toutes les disciplines, ce sont des all-round pigeons ?

« Si vous voulez les appeler ainsi, oui. Moi, ma préférence va plutôt aux concours de Grand Demi- Fond. »

Alors que vous  cartonnez en Fond et Grand- Fond !

« Oui ! »

Vous avez une maxime personnelle en colombophilie ? Votre ami Ronald Lodewijckx en a une merveilleuse que je replace toujours. Il dit : «  Pourquoi mes pigeons reviennent ? Je n’en sais rien, parce que je leur donne à manger, que je les aime, les dorlote, les éduque, parce c’est dans leurs gènes, mais surtout,  j’espère qu’ils reviennent un peu pour MOI ! ».

«  Oui, je dirais deux choses, j’élève mes pigeons comme il y a cinquante ans et je suis persuadé que cela marche. Ceux qui ne rêvent plus avec les pigeons ne peuvent pas comprendre mes choix. Et surtout, cela ne sert à rien de tricher, de donner des produits, pas besoin de tout cela, on peut y arriver avec la nature, jamais contre elle ! »

 

Marie Claire Cardinal.

  

Je remercie Patricia et Alain Dermonne pour leur accueil fraternel dans leur jolie propriété de Froidchapelle.

 

1- ceci n’est pas une faute d’orthographe au contraire, c’est Hennuyer qui est, à mon sens et au sens historique,  une malversation. En effet Hainuyer désigne ce qui a trait au Hainaut et Hennuyer est réservé aux habitants de la commune de Hennuyères, première cité hainuyère rencontrée lorsque, venant de Bruxelles par la route, on pénètre dans le Hainaut !!!)

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Le Montélimar 2017 superbe descendant de l’immortelle kleine DIDI de feu Etienne De Vos, de Vantorre et de « l’exceptionnel ». Remarquez le bon type aérodynamique, dos parfaitement courbé et fin de queue en panache (dommage que ce ne soit pas un Bergerac pour le panache de Cyrano ! rire)

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Une pose colombophile moins classique ! Alain Dermonne et deux de ses femelles ! La bleue, à l’avant plan est madame Montélimar.  Ici des superbes pigeonnes, au duvet de soie sauvage, à la peau rose comme le rosé d’Anjou, les yeux révolvers et la morille délicate, le délié de l’aile exceptionnel, avant-bras courts, la flexion un peu vers l’intérieur.

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Patricia et Alain DERMONNE ! Un couple de tourtereaux.

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