Ceci n’est pas un pigeonnier !

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En voyant cette photo, je suis certaine que vous avez cru qu’il s’agissait d’un modèle de pigeonnier révolutionnaire puisqu’il s’avère être convexe alors que les pigeonniers de ce type sont concaves (le creux à l’intérieur, comme tous les pigeonniers presque). Et bien vous en serez pour un bel effet d’optique parce que ce magnifique bâtiment sis en Provence n’est PAS un pigeonnier, mais…. un puits de rosée, n’est-ce pas romantique ?  Et de plus, construit en Provence par…. un Belge Achille Knapen (qui eût pu être le père ou le grand- père d’Arthur Knapen (un colombophile bien connu de nos amis limbourgeois !). Si je me fends ainsi d’un article non colombophile dans un journal oh combien colombophile c’est que cet édifice est unique en Europe et inscrit à l’inventaire des monuments historiques remarquables. Le puits aérien de Trans en Provence fut construit en 1931 par l’ingénieur et ingénieur Achille Knapen, il est une curiosité écologique à visiter. Son idée: remplir une citerne en récupérant la rosée du matin ! Les 3.000 ardoises insérées dans le puits sont destinées à récupérer l’humidité matinale. N’est-ce pas une magnifique idée ?

Laissez-moi vous prendre quelques minutes pour vous expliquer les fondements très cartésiens de fait de ce projet un brin surréaliste !

Au cœur du dispositif, le puits, lui-même s’avérant être une colonne creuse, évasée vers le haut qui s’élève sur 9 mètres de haut. Au centre de celle-ci, invisible, un tube métallique dépassant les 50 cm de l’édifice pour permettre les échanges d’air, comme une cheminée,  et utiliser le refroidissement nocturne de l’air. Des tubes poreux de 3 cm parsèment la colonne ainsi que 3.000 ardoises fixées telles des ailettes pour récupérer les gouttelettes de rosée sur une surface de 100m². Autour du puits une enveloppe ovoïde en pierres calcaires ceinte de murs colossaux de 2,5 mètres d’épaisseur. Ils fournissent la protection et la ventilation nécessaires. Car,  la circulation de l’air est un point cardinal de l’idée. Elle est assurée par toutes les  niches, ouvertures dans le dôme qui vous ont fait penser à un pigeonnier et qui confèrent au monument son étrangeté remarquable. Et bien, malgré toute l’originalité et l’ingéniosité du système le puits est un fiasco (rire). Il n’a donné les meilleures nuits qu’une dizaine de litres d’eau ! Un superbe travail inutile, mais qui sublime encore tellement un paysage qui n’en a même pas vraiment besoin ! C’est peut-être cela même la définition de la beauté, cette esthétique qui réchauffe l’esprit et le cœur sans avoir de véritable fonction. Un travail de titan pour l’élaborer, dessiner, imaginer, construire, entretenir … juste pour le plaisir des sens ! Et ceci nous rapproche de nos chers pigeons et de notre colombophilie, parfois un tel travail pour élaborer une colonie, la construire, la faire prospérer…juste pour la beauté de voir les pigeons s’envoler et surtout…. revenir ! Et,  je ne connais pas un colombophile qui  dise que cela n’en valait pas la peine !

Marie Claire Cardinal.

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Ceci est un vrai pigeonnier, celui des Baux-de-Provence qui dès le douzième siècle servait de garde-manger (le pigeon est un mets très raffiné au moyen-âge !) et surtout de messagerie volante dans un endroit inaccessible aux cavaliers-facteurs de l’époque.

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Le même redessiné pour une superbe BD «  les baux de Provence » chez Casterman.